1 février 2017

Cleveland contre Wall-Street

Un film de Jean-Stéphane Bron, sortie le 18 Août 2010

Cleveland contre Wall-Street
« Subprime » : forme de crédit hypothécaire, apparue aux États-Unis.

Ce crédit immobilier est gagé sur le logement de l’emprunteur, avec un taux d’emprunt variable au cours du temps.

Pour les créanciers, les prêts « subprime » étaient considérés comme individuellement risqués mais globalement sûrs et rentables.

Cette perception reposait sur une hausse rapide et continue du prix de l’immobilier : si un emprunteur ne pouvait payer, le prêteur récupérerait le logement et le revendrait à un prix supérieur à celui du prêt initial ayant financé ce même logement.

Sauf que :

– entre 2004 et 2007, la Réserve Fédérale américaine a relevé son principal taux d’intérêt directeur, le portant de 1 % en 2004 à plus de 5 % en 2007,

– dans le même moment, le marché de l’immobilier s’est effondré … faisant que la revente des maisons ne suffit plus à assurer au prêteur le recouvrement de sa créance.

Aux faillites personnelles des familles emprunteuses s’est ajoutée une série de difficultés financières pour les organismes prêteurs et les Banques.

Et, à l’automne 2008 lorsqu’il est apparu que beaucoup de banques n’avaient plus assez de réserves financières pour faire face à leurs pertes, la crise de liquidité a conduit à une crise de solvabilité puis à une crise financière internationale.

La crise financière, coté banque a été largement couverte …

… beaucoup plus largement que l’autre versant de celle-ci : le sort des emprunteurs dépossédés de leur maison parfois par quartiers entiers, se retrouvant du jour au lendemain sans domicile fixe.

Dépossédés, sans que pour autant les maisons saisies ne soient vendues … faute d’acheteur.

Comme à Cleveland au Slavic Village qui sera d’ailleurs considéré comme le « ground zero » de la crise des « subprimes ».

Cleveland où le 11 Janvier 2008, Josh Cohen et ses associés, avocats de la ville de Cleveland, assignent en justice les 21 banques qu’ils jugent responsables des saisies immobilières qui dévastent leur ville.

Mais les banques de Wall Street qu’ils attaquent s’opposent par tous les moyens à l’ouverture d’une procédure.

Cleveland contre Wall Street raconte l’histoire d’un procès qui aurait dû avoir lieu.

Pour le réalisateur, Jean-Stéphane Bron : « Cette histoire de subprime, peu de gens y ont réellement compris quelque chose… Mon envie était de rendre cela intelligible, en explorant les racines du mal, qui ne sont ni techniques, ni financières. ».

Un procès de cinéma, dont l’histoire, les protagonistes et leurs témoignages sont bien réels et on joué leur propre rôle dans ce film-documentaire, qui explore les ressorts psychologiques de cette crise :

l’emprunteur, pourquoi accepte-t-il une telle offre ? Au delà du « rêve américain » d’être propriétaire de sa maison, n’y a-t-il pas aussi une certaine forme de prise de risque de sa part dans l’espoir de gagner plus ? « j’ai joué, j’ai perdu »,

le courtier en prêt hypothécaire, rémunéré non seulement au nombre de prêts placés mais aussi et surtout au taux de ces prêts : plus le taux est élevé plus il gagne d’argent … Quelles sont ses méthodes de ventes ? Est-il sincère et transparent sur les engagements qu’il fait souscrire à l’emprunteur ? L’est-il aussi à l’égard de la banque quant aux informations qu’il donne à celle-ci sur l’emprunteur afin que le prêt soit accepté ? « je place à tout prix »,

les banques, elles ont mis en place les « subprimes », ont poussé à la promotion de celle-ci, développé des produits dérivés, et profité au maximum de la dérégulation des marchés financiers … jusqu’à l’excès en n’étant pas très regardante sur la sincérité des informations donnés pour accepter les dossiers de prêts, « bisness is bisness »,

A l’arrivé, qui est responsable ?

Les délibérations du Jury, montre la difficulté à designer un responsable unique dans une crise « collective » où chacun apparait avoir sa part de responsabilité.

Le film s’achève sur la rencontre de Barbara Anderson, militante au sein de l’organisation ESOP (Empowering and Strengthening Ohio’s people) qui mène des actions directes au siège des banques pour forcer ces dernières à négocier avec les propriétaires, avec Barack Obama.

Barack Obama qui, le 14 Janvier 2010, annonce aux banques américaines qu’elles devront payer une taxe de « responsabilité de crise financière ». Et le 21, propose de réduire les activités spéculatives des banques commerciales.

Le crédo de Barack Obama : « Faire comprendre aux banques qu’elles doivent arrêter de prendre des risques insensés et que, si elles les prennent, elles devront finir par payer la casse de leur poche en cas d’accident ».

Une leçon de l’histoire, pas celle du procès …

Cleveland contre Wall Street apporte un autre regard sur une crise où certains ont peut être joué, mais beaucoup ont tout perdu.

Pour connaître les dates, heures et lieux de projections

Dominique Piau

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