1 février 2017

Discours de Aminata Niakate – Présidente de l’UJA (2015-2016)

Discours de la Présidente nouvellement élue, prononcé le 22 juin 2015 devant la Commission permanente dite de « passation de pouvoirs »


Discours de Aminata Niakate - Présidente de l'UJA (2015-2016)
Très Cher(e)s Ami(e)s,

Très Chère Commission Permanente,

L’usage veut que je vous parle de moi et de mon projet pour relever les défis de l’année qui s’annonce, mais avant cela, je voudrais dire un petit mot de vous.

Je voudrais vous dire combien je suis heureuse que vous soyez si nombreux à souhaiter vous engager pour la profession, pour les autres…

Et combien je suis heureuse de la richesse et de la diversité de vos profils.

On me renvoie souvent (à mon grand désarroi…), à une sorte d’emblème de la diversité…

Mais la diversité c’est quelque chose :

– de multiculturel,

– de pluraliste,

– et d’universel.

La diversité, en somme, c’est vous.

C’est nous tous.

Et c’est quelque chose de beau.

J’aime à croire que votre élection, pour laquelle je vous félicite, démontre que nous avons réussi cette année à rendre l’UJA plus attractive, plus ouverte et plus accessible encore.

C’est quelque chose de précieux et quelque chose que nous nous devrons de préserver.

J’hérite ainsi d’une Commission Permanente diverse, d’une très belle Commission Permanente.

Pour en revenir à moi, à mon profil, à mon parcours, à ce que je suis…

[…]

Je me suis toujours trouvée affreusement chanceuse, d’être née en France, de pouvoir aller gratuitement à l’université, d’avoir un passeport qui me permet de voyager partout où le cœur m’en dit…

Et j’ai toujours voulu restituer cette chance et m’engager.

C’est ainsi que je me suis engagée en politique, chez les écologistes.
Mais ceci est une autre histoire, je vous la raconterai peut-être une autre fois…

Et c’est ainsi que je débarque à l’UJA en 2009.

Je suis d’abord arrivée à l’UJA par sa Revue, spectacle en rires et en chansons, alors que je n’étais encore qu’élève-avocate.

A l’époque, j’étais rédactrice au Baromètre, journal des élèves-avocats, édité par l’AEA (Association des Elèves-Avocats), et la fin de mon périple scolaire approchant, j’ai voulu continuer cette aventure journalistique.

Je me suis donc naturellement tournée vers l’UJA, que je me représentais en une sorte de grande sœur de l’AEA. J’y adhère pour 10 euros seulement. Je coche la case « Revue  » m’imaginant qu’il s’agissait certainement du journal des jeunes avocats…

A ma première réunion de Revue, je me rends très rapidement compte de ma méprise et me convaincs alors que c’est le destin qui veux ma présence à la Revue et me voilà érigée au rang de troupière de la Revue de l’UJA de Paris alors dirigée par Julie Laurent et Valérie Tocreau sous la Présidence d’Aurélie Berthet.

[…]

La Revue se révèle être une formidable expérience avec de forts moments de partage, de solidarité et de fantaisies, une expérience que je vous recommande absolument. Je suis d’ailleurs ravie de compter parmi nous de nombreux troupiers qui rejoignent la Commission Permanente pour la première fois.

Et cette Revue 2009, drôle, insolente, aborde également de nombreux sujets de fond intéressant la profession et auxquels j’ai été ainsi sensibilisée.

En 2010, j’intègre, parallèlement à la Revue, la Commission permanente de l’UJA, en simple observatrice.

L’année suivante, Dominique Piau, me fait suffisamment confiance pour me confier l’animation, aux côtés d’Emilie Chandler, de la commission « conditions d’exercice » où j’ai travaillé sur les questions de domiciliation et mené un sondage sur la Pépinière du Barreau de Paris.

L’année d’après, Alexandra Perquin, dont la présidence de l’UJA fut singulièrement marquée par sa volonté de renouer avec une militance de terrain, me pousse à découvrir la FNUJA, sous la dynamique et stimulante présidence de Stéphane Dhonte. Je m’y occupe du Jeunes Avocats Magazine,  mène des travaux sur des sujets tels que les incompatibilités dans la profession d’avocat ou le contrôle d’identité au faciès.

J’y reste deux années puis revient à Paris, où je suis chargée de la CASA (commission actions syndicales et associatives) sous la Présidence de Leila Hamzaoui. Nous lançons alors un riche programme de formations et notamment le cycle de formations « mon premier dossier de » qui connaît un succès croissant, ainsi qu’une action de solidarité grâce à laquelle l’UJA expédiera, avec le soutien du Barreau de Paris Solidarité, des centaines d’ouvrages juridiques à destination de nos jeunes confrères africains.

Et puis en 2014, Valence Borgia, cette femme, terriblement bienveillante et généreuse, bosseuse, brillante, ma Présidente, suscite ma candidature pour devenir sa Première Vice-Présidente.

Je suis terriblement touchée par cette invitation car j’ai beaucoup d’estime pour ton engagement, Valence, pour la cause de l’égalité femme-homme et la ténacité avec laquelle tu mènes ce combat de haute lutte.

Je suis très impressionnée par ce que tu as accompli en la matière depuis ton arrivée à l’UJA. Au delà du fait que tu aies réussi à faire signer tout récemment un même document par le Bâtonnier de Paris et le Conseil National des Barreaux ! Ce pacte pour l’égalité dans les professions libérales signé, à ton initiative, par des représentants de nombreuses professions libérales est un beau progrès et une arme que nous utiliserons pour se rapprocher encore un peu plus de l’égalité femme-homme.

Bravo et merci Valence.

Sous l’impulsion de Valence, j’intègre donc avec plaisir un bureau qui travaille beaucoup, qui connaît une solidarité à toute épreuve et dont l’humour et la liberté de ton frise parfois l’indécence, mais sans jamais manquer de correction.

Cette année était « bénie des dieux » et je vais être atrocement nostalgique des moments que nous avons partagés.

Pierre, Valence, vous allez terriblement me manquer mais je sais que vous ne serez pas trop loin.

Pierre, mon petit doigt me dit que les occasions de nous revoir vont être, à très court terme, innombrables.

Thomas, Maxime, c’est un réconfort de vous garder au bureau.

Laetitia, je sens aussi que nous allons nous revoir très vite.

Je sais que je peux compter sur votre talent à tous, votre force de travail et votre amitié.

[…]

*          *          *

Et à l’aube de ma prise de fonctions à la présidence de l’UJA de Paris, il est temps d’évoquer la façon dont je me projette avec mon bureau et ma Commission Permanente.

La première chose qui me vient à l’esprit est le mot « libertés ».

Rien de plus essentiel que la liberté.

C’est une prérogative que j’ai chevillée au corps.

Mais aujourd’hui, j’ai le sentiment que nous traversons une période de dérive autoritaire grave qui menace justement nos libertés.

Plus qu’une vague impression, c’est quelque chose que nous pouvons constater régulièrement au plus haut niveau de l’Etat.

Nous en avons l’illustration parfaite avec le projet de loi Macron que le Gouvernement nous impose à coup d’article 49-3.

La Loi sur le renseignement qui instrumentalise les peurs exacerbées par les terribles attentats de janvier 2015 pour porter démesurément de violentes atteintes aux libertés en est un autre exemple mortifère.

Dans ces moments là, je pense que nous, l’UJA, les jeunes avocats, avons une partition à jouer.

Nous devrons faire usage de notre précieuse liberté de parole, pour dénoncer, chaque fois que cela sera nécessaire, la moindre atteinte aux libertés.

Je veux qu’à l’UJA, le jeune avocat incarne la défense des libertés, cette défense qui relève de sa vocation, à mon sens.

C’est la raison pour laquelle je veux créer à l’UJA, une commission lanceuse d’alertes,
dédiée aux libertés et à la défense des droits de l’homme.

*          *          *

Je veux également une UJA ouverte sur le monde, ambitieuse pour la profession et solidaire.

J’envisage ainsi de mettre en place une commission dédiée à l’international qui traiterait également des questions de droit des étrangers.

Je ne souhaite pas de barrières invisibles entre le glamour diplomatique des relations internationales et la misère des migrants étrangers et des réfugiés.

Je veux qu’on aborde ces sujets ensemble, sans œillères.

Et je sais qu’il y a parmi vous des personnes brillantes pour réussir ce mariage.

*          *          *

Je veux aussi une UJA qui réfléchisse aux moyens de développer la culture du Pro Bono au sein du Barreau de Paris et mène des actions solidaires.

[…]

Et je crois savoir compter sur un certain d’entre vous pour ce faire.

*          *          *

Je veux une UJA qui reste, comme toujours, insoumise et indépendante des institutions,

Une UJA qui n’a pas peur de bousculer les usages tout en sachant rester constructive,

Une UJA qui continuera de dire, sans langue de bois, ce qu’elle pense, fidèle à ses idéaux et à ses principes.

*          *          *

Je sais que je présiderai une UJA qui protège les Confrères, notamment grâce à SOS Collaborateursdont l’équipe, sous la houlette de Léonore Bocquillon, abat un travail colossal pour venir bénévolement en aide aux Confrères trop nombreux en grave situation de détresse.

On n’imagine pas le concentré de misère sociale et humaine que l’on peut y rencontrer.

Je pense que l’on peut vous remercier pour l’immense travail accompli.

*          *          *

Je souhaite aussi que l’UJA accompagne et stimule une profession entreprenante et imaginative, une profession qui réussit sa révolution numérique et technologique.

Notre profession doit impérativement la réussir où elle mourra, asphyxiée, uberisée, par les braconniers du droit qui ne s’encombrent d’aucune déontologie et d’aucune autre préoccupation que leurs intérêts financiers.

Les avocats doivent être les startuppers du droit de demain, dans le respect de nos principes et de nos règles déontologiques.

Nous devons quitter les postures défensives et adopter une attitude conquérante pour gagner et développer de nouveaux marchés.

Face aux experts comptables, qui nous mènent une concurrence déloyale, souvent au détriment de leurs clients, nous devrions peut-être songer à inverser la tendance.

Et pourquoi pas, imaginer de concurrencer à notre tour, à titre accessoire, leurs activités comptables ?

Nous en avons les compétences.

Nombre d’entre nous sont diplômés d’écoles de commerce.

Nous maitrisons les langages et codes de la finance.

Nous sommes capables de dresser des business plan, des budgets et dressons parfois nous même notre propre comptabilité.

Une attitude telle que celle-ci pourrait peut-être réfréner l’insatiable appétit des experts comptables….

Pour évoquer la concurrence des notaires, pourquoi ne réfléchirions-nous pas plus aux applications pratiques que nous pourrions donner au formidable outil mis à notre disposition qu’est l’Acte d’Avocat ? Outil dont malheureusement personne ne se sert aujourd’hui…

Pourquoi, n’irions-nous pas, toujours dans le respect de nos règles déontologiques, développer des moyens d’appréhender une clientèle de masse sur de petits litiges, ou développer des moyens de dresser avec plus d’automatisme des actes simples et répétitifs ?

Si aujourd’hui, nous sommes envahis de toutes parts par d’opportunistes startuppers du droit non-avocats, c’est avant tout parce que nous leur avons laissé le champ libre et que nous ne répondons pas suffisamment aux besoins croissants d’accès au droit.

Il en va de même s’agissant des besoins des entreprises.

Si nous n’allons pas conquérir les marchés au sein de l’entreprise.

Nous allons finir par être débordés, voire absorbés, par les juristes d’entreprises qui ne rêvent que de fusion avec la profession d’avocat.

Nous verrons d’abord arriver un legal privilege avec tout ce qu’il induit en termes de menace sur le secret professionnel, puis une nouvelle profession règlementée et enfin une fusion des juristes et des avocats.

Nous devons résister à ces assauts, protéger le secret professionnel, rester maitre de notre destin, de notre tableau et de notre identité.

C’est à nous, avocats, d’apporter aux entreprises les réponses à leurs besoins légitimes en termes de secret professionnel et de sécurité juridique.

*          *          *

J’aperçois dans l’assemblée quelques candidats au Bâtonnat et au Vice-Bâtonnat qui pourront être amenés à assumer demain les plus hautes fonctions de notre Barreau.

J’ai quelques messages pour vous, messages que vous pourrez transmettre à vos concurrents.

Vous le savez déjà, nous connaissons aujourd’hui d’importants clivages générationnels sur la question de la CNBF, notre caisse de retraite.

Sous couvert de solidarité intergénérationnelle, les jeunes avocats sont sommés de contribuer à financer un système de retraite qui vraisemblablement sera en faillite lorsqu’eux même seront arrivés au noble âge de la retraite.

Un système de retraite qui discrimine éhontément les jeunes avocats. Bien qu’ils paient le point de retraite aussi cher que leurs ainés, ces derniers voient leurs droits réduits à peau de chagrin si par malheur ils se découvrent une autre vocation professionnelle avant 15 années d’exercice professionnel et viennent à quitter la profession.

Je ne connais aucun autre système de retraite qui fonctionne de manière aussi discriminante et je ne sais pas par quel miracle cette discrimination a pu perdurer aussi longtemps.

Surtout lorsque l’on sait que ce sont bien souvent les femmes, martyres par excellence de cette profession, qui, de guerre lasses, finissent par quitter la profession pour des carrières plus épanouissantes.

Nous serions bien inspirés de nous intéresser de près à cette question avant que le Défenseur des droits ne s’en mêle.

Un syndicat de jeunes avocats qui vient tout récemment d’élargir son objet social aux questions de lutte contre les discriminations pourrait également s’emparer de cette bataille.

*

Je voulais également attirer votre attention sur la question de la tentation du numérus clausus, ou d’un numérus clausus déguisé en une sélection à l’entrée des CRFPA.

Si nous devons effectivement nous réapproprier l’examen d’entrée aux CRFPA, veillons toutefois à ne pas sombrer dans la dérive du repli sur soi.

En temps de crise, la tentation du repli sur soi est forte, pas seulement au sein de notre profession, et il est trop facile de refermer la porte derrière soi, au nez des autres, une fois que soi-même l’on est entré.

Et bien souvent ce sont les mêmes qui trouvent portes closes, ceux qui n’ont pas les réseaux, ni les connexions qui vont bien.

Soyez prudents sur cette question. D’autres professions s’en sont mordues les doigts.

*

Je voudrais vous dire également un mot du Barreau pénal.

J’ai eu l’occasion de discuter avec de nombreux confrères du Barreau pénal qui ont évoqué avec moi une cassure qu’il faut absolument réparer.

Nombre d’avocats du Barreau pénal se sentent stigmatisés, déconsidérés et ce sentiment alimente le vote contestataire que l’on voit croitre jour après jour et auquel il faut être très attentif.

Si l’obligation de formation qui incombe aux membres du Barreau pénal est une exigence légitime, le couperet arbitraire qui tombe au terme de 7 années d’appartenance à ce Barreau le semble beaucoup moins.

Et il concerne nombre de jeunes avocats car 7 années, y compris pour un jeune avocat, finissent par passer très vite.

*

J’ai aussi envie de vous parler d’égalité, d’égalité au regard de nos cotisations.

L’an dernier, ont été exonérés de cotisations ordinales de nombreux confrères aux revenus modestes et c’est une excellente chose.

Seulement, il s’agissait de la cotisation la plus équitable acquittée à ce jour par les avocats, car progressive en fonction des revenus de chacun.

Si l’actuel ou le prochain Bâtonnier devait revoir le mode de calcul de l’une de nos cotisations, il devrait davantage s’intéresser à notre cotisation RCP (responsabilité civile professionnelle) qui frappe de la même manière (au delà de 5 années d’appartenance au Barreau de Paris) tant l’associé de la grande structure d’avocats ayant une activité à risque importante que le collaborateur libéral sans clientèle personnelle et traitant exclusivement les dossiers de son patron également assuré.

Introduire dans la détermination du montant de la cotisation RCP, un système de calcul progressif calqué sur le modèle des cotisations ordinales pourrait être source d’équité et de justice sociale.

*

Et enfin, Chers Aspirants au Bâtonnat, je voudrais vous dire un mot de gouvernance.

Je voudrais saluer les quelques efforts récemment fournis par le Barreau de Paris et le CNB pour que la profession puisse s’adresser à l’unisson aux pouvoirs publics.

Je sais que c’est loin d’être simple et que les différents points de vue ne sont pas facilement conciliables mais la cacophonie que nous avons pu connaître ces dernières années a toujours desservi la profession toute entière.

Il sera essentiel de veiller à continuer de parler, avec le CNB et la Conférence des Bâtonniers, d’une même voix, forte et unie, pour l’ensemble de la profession.

*          *          *

Et pour en terminer avec ce long discours, je voudrais en revenir à vous, ma très Chère Commission Permanente.

Je mets beaucoup d’espoir en vous, car vous êtes l’avenir de l’UJA, la relève.

Vous ferez vivre l’UJA, avec moi et après moi.

Je compte sur vous pour être une ruche qui fourmille d’idées, y compris d’idées qui pourraient vous sembler peu heureuses. Elles sont parfois la genèse d’idées de génie.

[…]

L’UJA a besoin de votre fraîcheur et de votre force de proposition.

Vous incarnez le renouvèlement et c’est la force première de l’UJA.

C’est vous qui ferez le dynamisme de l’UJA. C’est vous qui animerez ses actions et campagnes.

Ces campagnes qui sont un moment essentiel pour la vie de l’UJA car avoir des représentants au sein des institutions de notre profession est un moyen important pour faire entendre la voix des jeunes avocats dans le débat face aux conservatismes solidement ancrés dans le Barreau.

J’en profite pour saluer, au passage, le travail colossal fourni par nos 10 élus au Conseil de l’Ordreet au Conseil National des Barreaux.

[…]

Une dernière invitation aux jeunes membres de la Commission Permanente, fréquentez la FNUJA, et ses confrères venant de tous les Barreaux de France.

Personnellement, je me suis toujours enrichie au contact de l’autre, et notamment au contact de mes confrères de la FNUJA.

Nous avons beaucoup de choses à apprendre d’eux.

Tout comme ils ont beaucoup de chose à apprendre de nous.

Alors, allez aux comités FNUJA du samedi matin, aux prochains comités décentralisés à venir de Bordeaux et de Bruxelles.

Vous vivrez des moments de convivialité extraordinaires.

Vous confronterez vos opinions à d’autres, vous souffrirez la contradiction, ce qui fera murir votre réflexion et vous grandira, même si, même si…, il faut tout de même l’avouer :

« Paris sera toujours Paris ! »


Discours de Aminata Niakate - Présidente de l'UJA (2015-2016)

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