2 août 2017

3 questions à Thomas Charat, Président de l’UJA de Paris – Droit et patrimoine, 5 septembre 2016

Quel est votre programme ? :

Nous, jeunes avocats, devons être fiers de notre profession et optimistes, et guider nos confrères vers l’exercice de demain. Nous devons rassurer ceux qui n’ont pas foi en l’avenir et sont très inquiets, en faisant œuvre de pédagogie et en les accompagnant dans leur exercice professionnel et ses nécessaires évolutions compte tenu des nouvelles données du marché. Pour cela, il nous faut une ambition communicative et être au plus près de nos confrères, avec beaucoup d’écoute et des outils dédiés.

Nous sommes des entrepreneurs et devons agir comme tels en nous adaptant aux évolutions sociétales, aux mutations profondes du marché de la prestation juridique et aux nouvelles demandes des justiciables…

L’adaptation, notamment, aux nouveaux modes de consommation du droit est un enjeu important, qui doit se faire toujours dans le respect de notre déontologie. Attaquée de toute part par ceux qui pensent – à tort – que déréguler c’est avancer, nous devons la défendre ardemment. Notre déontologie doit rester notre socle, notre valeur ajoutée dans un monde en mutation, tout en ancrant notre pratique dans son temps. Mais il faut aussi que la profession dépasse ses peurs et accepte de s’engager sur de nouveaux terrains et marchés, dans une perspective de service aux clients. Nos confrères ont besoin pour cela d’explications, de pédagogie et d’un accompagnement dont j’estime qu’il est le véritable rôle des syndicats : accompagner le changement sans juger ni passer en force, en respectant ce qui fait la force de notre profession et en allant toujours plus loin dans le « sens client » mais sans se laisser dominer par la peur de l’avenir ni céder aux sirènes de la dérégulation. La profession a les atouts pour se moderniser, elle ne doit pas craindre de le faire mais ne doit pas se dévoyer.

Nous devons aussi transmettre aux entreprises le message que nous sommes leurs interlocuteurs naturels, ainsi qu’à nos confrères. Les derniers débats sur la domiciliation de l’avocat dans l’entreprise montrent que nombre d’entre eux ne se sentent pas être les interlocuteurs privilégiés de l’entreprise. La dernière étude de l’Observatoire du Conseil national des barreaux sur le marché des PME vient pourtant renforcer notre conviction. Il en ressort en effet une image très positive des avocats auprès des chefs d’entreprise, ainsi que des attentes fortes : un avocat plus présent à leur côté, réactif, vecteur de sécurité et de solutions et démontrant sa connaissance de l’entreprise.

Nous accompagnerons la profession dans la voie d’une modernisation raisonnée de nos règles, dont nous rappellerons qu’elles sont notre plus-value dans la conquête des marchés. Les réflexions et les actions auprès des pouvoirs publics et de nos institutions représentatives ne doivent jamais être décorrélées des services concrets rendus aux confrères qui permettent tout à la fois de rompre l’isolement de certains et de les accompagner dans la voie de la modernisation.

-Quelles sont les préoccupations des jeunes avocats parisiens ?

Elles sont plurielles à l’image du jeune barreau.

En premier lieu, les jeunes diplômés du CAPA éprouvent des difficultés à trouver une première collaboration, étape nécessaire pour apprendre son métier. Cela est dû à la fois à la situation économique actuelle, et à d’autres facteurs comme l’ultra-spécialisation pour certains dans des matières à faible débouché, alors qu’il y a de réels besoins dans des domaines plus classiques.

En deuxième lieu, les jeunes avocats collaborateurs sont très préoccupés par le déroulement de leur carrière.

Nous rencontrons plusieurs aspirations. Nous constatons d’abord un renouveau de l’esprit entrepreneurial chez beaucoup de jeunes confrères qui aspirent à monter leur cabinet à moyen terme, dans des délais plus rapide que leur aîné. Ces jeunes avocats se posent des questions propres aux entrepreneurs : trouver les financements, prospecter, développer, travailler des offres de service adaptées à la demande, utiliser les nouvelles technologies, rationaliser, mettre en place des process, faire face et s’adapter à une concurrence accrue et imaginative.

Nous observons ensuite une envie de concilier vie professionnelle et vie personnelle. De nombreux jeunes confrères ne sont plus prêts à travailler autant que leurs aînés au même âge. Parmi eux, si certains souhaitent quitter la profession, nombre d’entre eux veulent rester au barreau. Certains la quittent à regret considérant qu’il serait plus facile de concilier ces aspirations ailleurs.

En réalité, s’il y a une profession qui permet d’avoir de la souplesse et de concilier vie professionnelle et vie personnelle (tout en travaillant beaucoup), c’est bien la profession d’avocat, et ce quel que soit le statut : collaborateur, installé, associé pour peu qu’on en respecte les règles (je parle bien sûr des cabinets occupant des collaborateurs… )et qu’on « travaille » son organisation.. Si l’exercice de la profession d’avocat est dur, exigeant, le statut du collaborateur libéral est dans son épure le statut qui devrait permettre une conciliation vie professionnelle – vie personnelle à la condition que ce statut soit respecté. Ainsi le télétravail est beaucoup plus facile à mettre en œuvre avec ce statut que dans le monde du salariat. J’ai nombre d’exemples de confrères en télétravail qui non seulement concilient grâce à cette organisation de travail leur vie professionnelle et leur vie personnelle, mais aussi sont beaucoup plus productifs. Tout le monde est gagnant, le cabinet comme le collaborateur, qui est de surcroît responsabilisé. Evidemment, il faut veiller à ce que le télétravail ne soit pas détourné et ne permette pas de contourner les règles et l’esprit de la collaboration libérale…

Nous observons également une inquiétude des avocats mid-level et senior qui n’ont pas nécessairement une âme d’entrepreneur, d’apporteur d’affaires, mais sont de bons techniciens. Dans la configuration actuelle de nombre de cabinets, cette technicité n’est pas nécessairement valorisée ; le mid-level et le senior sont alors perçus comme une charge, un coût dont on espère un départ en entreprise pour le remplacer par un junior.

En réalité, ces avocats expérimentés sont une plus-value pour les cabinets.

Il faut repenser ce schéma en mettant en place, au sein des cabinets structurés, des parcours d’association diversifiés : un pour ceux qui sont d’excellents praticiens mais n’ont pas d’appétence pour le développement de clientèle – les techniciens – et un autre pour ceux qui, au contraire, sont des apporteurs d’affaires. Un tel parcours ne peut être effectif sans un véritable statut de collaborateur senior qu’il nous faut proposer.

Une autre piste pourrait consister à développer le réflexe « avocat hors cabinet » et à permettre une plus grande mobilité entre le barreau et le monde extérieur. La suppression de la règle des 15 ans de cotisations auprès de la Caisse nationale des barreaux français (CNBF), réclamée par l’UJA, va dans le bon sens. Elle lève une barrière à cette mobilité et offre des perspectives aux avocats pour aller se former en-dehors du barreau, cultiver d’autres réseaux qui leur seront utiles une fois de retour dans la profession.

En dernier lieu, nombre de jeunes avocats parisiens ont de faibles revenus. Nos institutions doivent se saisir de cette situation, en repensant, par exemple, la fixation de certaines charges comme celle afférente à la responsabilité civile professionnelle (un avocat collaborateur qui n’a pas ou peu de clientèle personnelle ne devrait pas avoir à la payer).

– Quelles sont les réformes que vous suivez ?

L’Union des Jeunes Avocats de Paris suit toutes les réformes touchant soit au droit matériel, soit à l’exercice de la profession. Nous sommes même pro-actif et initions des réformes.

Ainsi nous avons été en pointe sur la modification de l’article 15 du Règlement Intérieur National (domiciliation des avocats) pour permettre aux avocats d’établir leur domicile professionnel soit principal, soit secondaire au sein d’une entreprise. Dans un contexte où la profession refusait l’avocat salarié en entreprise, et où les PME étaient en demande de conseils juridiques, l’UJA de Paris a proposé la domiciliation de l’avocat dans une entreprise. Cette modification a été adoptée par le Conseil National des Barreaux. Nous pensons sincèrement que cela est de nature à renforcer les liens entre les avocats et l’entreprise, qui sont cruciaux pour son avenir, tout en préservant l’indépendance et la déontologie de l’avocat.

Nous suivons aussi de très près le projet de Loi Sapin, qui nous semble ouvrir ou renforcer des champs d’activités pour l’avocat, qui a une véritable plus-value à mettre en avant sur les sujets notamment du lobbying, de la compliance, de l’audit de risques ou de la lutte contre la corruption.

ITW CHARAT

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