18 octobre 2017

Harvey Weinsten : et chez les avocats?

Par Valence Borgia, candidate aux élections des Membres du Conseil de l’Ordre, Présidente d’honneur de l’UJA de Paris

La presse américaine est plutôt unanime sur un point:

Weinstein n’était pas une exception, ni dans ses actions ni dans la façon dont elles ont été tolérées par le système.

Cette culture de la complicité, elle existe partout, dans le cinéma, dans l’entreprise, dans le monde politique et dans les barreaux.

Nous avons régulièrement vent de certains agissements inacceptables du type de ceux aujourd’hui dénoncés outre atlantique.

Mais, que faisons nous collectivement pour lutter contre ces comportements ?

On parle de ce fameux associé qui “saute sur tout ce qui bouge” (expression bien commode pour amoindrir certaines réalités que l’on veut masquer), de cet autre harceleur notoire, de celui qui s’en prend aux stagiaires, aux assistantes, aux collaboratrices et à ses associées, de celui qui parti plaider en province, réserve une unique chambre pour lui et sa collaboratrice. De celui qui réquisitionne les stagiaires pour les exhiber comme des trophées dans des diners clients, avant d’exiger davantage.

Dans le cadre du service Sos collaborateurs, j’ai le souvenir de plusieurs collaboratrices broyées par des humiliations et un harcèlement sexuel quotidien, sur fond de climat libidineux insoutenable.

Trop terrorisées pour saisir l’Ordre, je crains qu’elles n’aient aujourd’hui quitté la profession.

Nous entendons parler d’eux, nous les connaissons, nous les côtoyons, nous les saluons, parfois nous votons même pour eux.

Au fond, nous faisons semblant de rien. Au mieux, nous déconseillons à celles qui nous consultent de travailler à leurs côtés, et nous nous indignons un peu facilement dans le confort des dîners en ville.

Et pour les voix qui voudraient s’élever, c’est la crainte d’être traité de procureur ou de Saint Just, d’être accusé de bafouer la présomption d’innocence, d’être politiquement correct. Parce “qu’après tout on est en France, et que surtout, il ne faudrait pas qu’on en vienne à une société aseptisée comme aux États Unis”. Parce que “si c’était vraiment si horrible, elle ne serait pas restée si longtemps”.

Nous n’échappons pas à ce système qui tolère que les femmes soient les butins de certains hommes puissants qui considèrent que tout leur est autorisé et que l’inaction doit s’interpréter comme une permission.

Ces agissements sont là, ils sont quotidiens.

Nous le savons. Et notre défi, au-delà des indignations ponctuelles relayées d’un click sur les réseaux sociaux, c’est de dire qu’ils sont intolérables. C’est de faire en sorte qu’ils n’adviennent plus.

Nous ne pouvons plus faire peser cette responsabilité sur les seuls courages individuels. D’autant que celles qui parlent mettent leur carrière à risque.

Il est aujourd’hui nécessaire que continuent d’émerger une volonté institutionnelle forte et un changement collectif des mentalités, afin de permettre un système qui refuse les violences faites aux femmes, au sein du barreau comme ailleurs.

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