Suivant un schéma devenu hélas habituel depuis 2007, c’est après un triste fait divers survenu en 2008 à GRENOBLE qu’a été engagée la réforme des anciennes procédures dite d'"
hospitalisation d'office" et "
à la demande d’un tiers" issues de la loi dite "
loi EVIN" du 27 juin 1990.
D'autres motifs ont ensuite guidé - voire rythmé - cette réforme (harmonisation avec les autres législations européennes qui prévoient toutes l'intervention judiciaire ; décision du Conseil Constitutionnel n° 2010-71 QPC du 26 novembre 2010 ) et elle a été l'occasion d'intégrer les thérapies hors hospitalisation.
Modifiant profondément les articles L3211-1 et suivants du Code de la santé publique (
lien), la loi rappelle d'abord solennellement qu' "
une personne ne peut sans son consentement ou, le cas échéant, sans celui de son représentant légal, faire l'objet de soins psychiatriques, hormis les cas qu'elle prévoit".
C'est bien évidemment l'encadrement de ces possibilités qui préoccupent les défenseurs des libertés individiduelles.
Le loi crée un nouveau cadre avec une période d’observation de 72 heures avant l’hospitalisation sans consentement ou un suivi ambulatoire, durant laquelle un minimum de quatre certificats médicaux (dont deux établis par un psychiatre) doivent être dressés pour justifier la nécessité de maintenir les soins psychiatriques.
Le Juge des libertés et de la détention peut être saisi, à tout moment, aux fins d'ordonner, à bref délai, la mainlevée immédiate d'une mesure de soins psychiatriques. Surtout, il exerce un contrôle systématique à 15 jours et tous les 6 mois sur toutes les hospitalisations sans consentement, à la demande d’un tiers ou du représentant de l’Etat.
Elle crée également une procédure de suivi renforcé pour les patients considérés comme à risque, hospitalisés après une déclaration d’irresponsabilité pénale ou en unité pour malades difficiles (U.M.D.) depuis moins de 10 ans.
Elle redéfinit enfin les soins psychiatriques aux détenus notamment pour prendre en compte la création des unités hospitalières spécialement aménagées (U.H.S.A.).
Le projet a rencontré de vives oppositions parmi les différents intervenants dans ce processus : méfiance de certains médecins et des aumôniers des hôpitaux hostiles à une judiciarisation de ce qui ne devrait relever, selon eux, que du traitement médical ; craintes diverses en raison des difficultés de gestion, tant dans l'univers hospitalier que judiciaire, qui résultent de la réforme (organisation des transferts, surcharge de travail... dans un contexte de pénurie de moyens humains).
La contestation la plus emblématique a été portée par le "Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire" dans un appel intitulé "Réforme de la Psychiatrie : Une déraison d’Etat" (
lien ). Ceux-ci dénonçaient la dérive consacrée par ce projet de loi (désormais promulguée) en faveur d'une instrumentalisation de la psychiatrie comme instrument de contrôle social, à l'opposé d'un véritable projet de réforme de la politique de santé, centré sur l'Homme, tant souhaité depuis de nombreuses années.
Cette position prennait une résonnance d'autant plus particulière que, dans son avis du 15 février 2011 publié au Journal Officiel, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté dénonçait déjà, sous l'empire du système antérieur, "l
e grand retour de l’enfermement qui caractérise désormais ces lieux de soins" et la grande difficulté à mettre en oeuvre les droits dont les patients bénéficiaient déjà en théorie (cf pièce jointe).