26 janvier 2017

Après la Loi sur la rétention de sûreté : CROIRE EN L’HUMANITE, malgré tout

Pour une politique de l’espoir.

L’homme est capable du pire. Comme tout citoyen, homme de sentiments, j’aime à penser que la sécurité des miens est garantie, de façon certaine, contre la monstruosité. Comment ne pas avoir le cœur vrillé et le ventre détruit par l’annonce de faits divers où le destin d’un(e) enfant, d’une mère, d’un père, bref d’une famille est brisé à jamais…Impossible.

Pourtant, la philosophie légiférante qui guide actuellement l’exécutif me glace tout autant.

La rétention de sûreté, son dernier avatar, ne me rassure pas. Cette mesure aurait le grand mérite d’éradiquer tout individu « potentiellement » dangereux en le maintenant en « sûreté » tant qu’il n’aura pas donné les signes (lesquels ?) de son adéquation à la vie sociale.

Cette mesure ne me rassure pas, non, elle est même angoissante de l’idée qu’elle porte de l’homme.

Je ne verserai pas dans la sidérante naïveté de l’homme « bon » ou « mauvais », mais tout de même, la potentialité d’un danger n’est elle une notion potentiellement dangereuse ?

Mon libre propos ne concerne pas les dispositions techniques de la Loi qui viennent (malheureusement) d’être validées par le Conseil Constitutionnel comme « adéquates, nécessaires et proportionnées » à l’objectif poursuivi (cf. ci-dessous la décision n°2008-562 du 21 février 2008, avec les observations transmises préalablement par le CNB)

C’est l’esprit de la Loi qui me heurte.

L’espoir en l’Homme a laissé la place à la peur de l’Autre. Or, ce n’est pas la peur de l’Autre qui anime le destin d’un peuple. Elle produira, au contraire, une sclérose sociétale et une piètre foi en l’avenir.

La recherche de la sécurité des citoyens est légitime, et elle doit être poursuivie sans faillir, avec force, par une politique pénale juste et tournée vers l’humain, alliant intelligemment répression et action thérapeutique.

La loi sur la rétention de sûreté est une mauvaise loi car elle se nourrit d’un insupportable désespoir.

Je veux croire en l’Homme, et malgré tout, je garde espoir.

Cet espoir animera l’Union des Jeunes Avocats pour que l’Humain reprenne ses droits lors des prochains débats sur la « grande » loi pénitentiaire annoncée par la Chancellerie.

Le 25 février 2008,

Romain CARAYOL
Président de l’UJA de Paris

Decision_du_Conseil_Constitutionnel_du_21_fevrier_2008.pdf Décision du Conseil Constitutionnel du 21 février 2008.pdf  (93.32 Ko)
Retention_de_surete___Observations_du_CNB.pdf Rétention de sûreté – Observations du CNB.pdf (63.56 Ko)

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